Interview d’Aurélien Molas : La onzième plaie

Les onze questions du Concierge Masqué

La onzième plaie d'Aurélien MolasJ’ai pensé, en relisant l’interview d’Aurélien, que je disputais un combat de boxe. Car Aurélien m’a recadré sur certaines questions et il a bien fait ! Cela montre qu’avant d’interviewer un auteur on doit tout vérifier, c’est pour cela que je laisse telles quelles mes questions et réponses car il a répondu en jouant le jeu, merci Aurélien et sorry pour mon inexpérience !

La onzième plaie, un livre à lire absolument pour découvrir une nouvelle plume du polar français et bien sûr on attend avec impatience le prochain.

Un résumé du livre  si vous ne l’avez pas lu :

Une crise sociale sans précédent a plongé la France dans le chaos et le désespoir. Partout les voitures brûlent, explosent, des bandes de casseurs vandalisent les rues. La police débordée traverse une grave crise de confiance.

Dans cette atmosphère survoltée, le commissaire Kolbe, à la tête d’une unité spéciale chargée de lutte contre la pédophilie, est sur la sellette. Ses enquêteurs viennent de découvrir un container de cassettes particulièrement atroces. L’affaire doit être élucidée au plus vite.

Dans le même temps, au métro Porte des Lilas, deux jeunes filles se jettent ensemble sous le métro. Mais s’agit-il vraiment d’un double suicide ?

À rebours d’une société cynique dont la seule règle est le profit et la consommation, les protagonistes du roman affrontent avec l’énergie du désespoir leurs propres démons. Un thriller sombre, foisonnant, complexe, extrêmement bien construit et intelligemment mené.

Aurélien MolasBonjour Aurélien, peux-tu nous parler de ton enfance, pour que tes fans te connaissent ?

Avant de te raconter dans les grandes lignes mon enfance, je tiens juste à préciser que le mot « fan » est franchement exagéré !

Je ne suis né et j’ai grandi à Tarbes dans les Hautes-Pyrénées. Ma mère bossait au service des anciens combattants et victimes de guerre. Quand elle fut mutée à Tarbes, mon père l’a suivie et a créé son cabinet de médecin psychiatre. Je n’ai pas vraiment vu mon père jusqu’à mon adolescence et, étant donné que ma sœur est de douze ans mon aînée, j’ai vécu une enfance solitaire, mais jamais triste. À vrai dire, aujourd’hui encore j’aime bien la solitude, peut-être du fait de cette période.

Jusqu’à mes douze ans, j’étais obsédé par le sport et la compétition. J’avais de bons résultats en natation et l’espoir d’un jour devenir nageur de très haut niveau. Je nageais huit heures par semaine, le w-e et le mercredi je faisais du surf dans les Landes et en hiver du ski. Quand je n’étais pas en train de bouffer du chlore, de l’eau salée ou de la poudreuse, j’apprenais le dessin, la peinture et l’histoire de l’art dans un atelier et surtout : je lisais. Je n’ai jamais eu la télévision, ceci expliquant peut-être cela.

À douze ans, pas mal de choses ont changé. L’ordre de mes priorités a été bouleversé de A à Z quand j’ai découvert un film, L’Anguille de Shoei Imamura. Ce jour-là, je suis sorti du cinéma avec une idée fixe : je serai réalisateur. Treize ans plus tard, je continue d’avancer pour rendre ce rêve possible…

Tu as collaboré avec André Téchiné sur son film La fille du RER. Peux-tu nous parler de ton amour pour le cinéma et de cette rencontre avec le réalisateur ?

Précision, je n’ai pas travaillé à la réalisation du film d’André ! J’ai bossé comme consultant documentaliste au tout début, puis comme scénariste/dialoguiste par la suite.

Comme dit plus haut, ma passion pour le cinéma est vraiment apparue après avoir vu L’Anguille. Avant ce moment, le cinéma était juste un moment agréable passé en famille. Du jour au lendemain, c’est devenu une obsession. J’ai demandé à mes parents d’acheter un poste de télé (sans les chaînes) et un magnétoscope. À partir de là, ce fut l’escalade : j’ai commencé à découvrir l’histoire du cinéma et à regarder un film par soir, puis deux. Des premiers films muets jusqu’au néo-réalisme italien, de l’âge d’or hollywoodien aux films japonais d’avant-guerre, j’ai vu des milliers de films que j’ai décortiqués plan par plan, dialogue par dialogue. J’ai aussi appris la technique, l’histoire de la critique, le montage, la prise de son, etc. J’ai tourné des courts-métrages bidouillés dans le garage de mes parents. Je peignais les décors, je cousais les costumes etc. Au lycée, en seconde, j’ai fondé un ciné-club. L’été je bossais comme assistant projectionniste dans un cinéma de Capbreton. Le ciné-club que j’ai créé a bien marché, au début, nous étions trois pelés dans des salles de classe le soir, puis ça a grossi. Assez pour qu’on établisse un partenariat avec un ciné d’art et essai. C’est à l’occasion d’une conférence qu’on avait organisée que j’ai rencontré le critique de cinéma Jean Douchet.
C’est à lui que La Onzième Plaie est dédiée. Il est devenu mon mentor et mon ami le plus proche.

Jean Douchet fut avec Truffaut, Godard et Rohmer l’un des fondateurs des Cahiers du Cinéma et l’un des théoriciens de la Nouvelle Vague et de la Politique des Auteurs. Il est l’un des plus fins analystes du cinéma, assez en tout cas pour convaincre Hitchcock de l’inviter à Hollywood pour un mois d’interview. Il a connu les plus grands cinéastes de l’histoire : Orson Welles, Pialat, Bresson, Kurosawa, et j’en passe. Bref, sans lui, je n’en serai pas là aujourd’hui, tout comme Xavier Beauvois que Douchet a « révélé » il est bon de le rappeler.

En ce qui concerne André Téchiné, ce fut une expérience éprouvante, difficile, bien qu’instructive. Je ne m’appesantirai pas sur le sujet…

Pour écrire ton premier roman, La Onzième plaie chez Albin Michel, qui est extrêmement bien construit, où as-tu puisé tes idées ?

De 16 à 19 ans, j’ai été témoin de trucs pas marrants, voir franchement hardcore. Je me suis rendu compte après coup, une fois le bouquin sorti, que ce sont ces évènements qui ont conditionné l’écriture de La Onzième Plaie et le choix du sujet.

Parle-nous de tes deux personnages principaux, le commissaire Kolbe et Blandine ?

On ne va pas être d’accord, pour moi, les persos principaux sont Léo, Alain Broissard et Blandine. Kolbe est la figure tutélaire et un peu abstraite qui domine l’intrigue au même titre que Jésus Miguel Montoya. J’ai construit l’histoire autour de trois flics de terrain qui ont les mains dans la crasse et au-dessus d’eux deux figures du Bien et du Mal tirent les ficelles, sauf que je ne crois ni au Bien, ni au Mal, du coup ça se complexifie…

Quelle impression ça te fait d’avoir remporté trois prix du polar en 2010 pour ton premier roman (Prix raisin noir 2010, Prix Sang pour Sang polar du premier roman, Prix Noir de Noir des lycéens) ?

C’est un encouragement. Mais le plus important pour moi est le 4ème prix que tu ne cites pas, celui Polars Pourpres découvertes. Ce prix-là signifie énormément pour moi parce que ce sont des passionnés, des fous de polars qui me l’ont décerné, et c’est un grand honneur.

Pour toi un bon polar c’est quoi ?

De la grande littérature.

En exclusivité Aurélien, es-tu en train d’écrire un deuxième roman ?

Le petit nouveau est un gros pavé. Je suis en phase de relecture avec mon éditrice. Différent de La Onzième Plaie, il emprunte plus à la littérature classique française, russe et américaine. Pour l’écrire, j’ai relu Dostoïevski, Conrad, Steinbeck, Dos Passos et Céline. En contemporain, j’ai relu et étudié Lehane et Mac Carthy période Suttree et Méridien de sang.

Je pense que les lecteurs de La Onzième Plaie vont être surpris, mais j’espère qu’ils se laisseront embarquer.

Si tu devais me parler d’une découverte littéraire, un jeune auteur que tu as découvert, ce serait qui ?

Maxime Gillio, et cerise sur le gâteau : c’est un homme adorable.

La question que je pose toujours (normal je suis concierge !) : raconte-nous tes habitudes d’écriture (le matin ou le soir, dans un bureau…).

8h30- 19h non stop, avec du coca light, des clopes et mon chat sur les genoux.

Si tu avais un coup de gueule sur l’actualité, ce serait lequel ?

Qu’il n’y ait plus d’esprit de révolte en France.

Parle-nous de tes goûts en musique et as-tu une chanson préférée ?

Master of puppets à plein régime !

Merci Richard pour ton intérêt et ton soutien !