Interview de Marin Ledun :: Les visages écrasés

Les visages écrasés, roman de Marin LedunMarin Ledun est un romancier français, auteur de romans noirs et de nouvelles à multiples facettes et particularités, né en 1975 en Ardèche. Après un travail sur les enfants martyrs dans Modus operandi (Au Diable Vauvert, 2007), puis sur l’enfant cobaye et les biotechnologies dans Marketing viral (Au Diable Vauvert, 2008), il poursuit sa réflexion sur le contrôle social et l’héritage culturel que le monde contemporain lègue à ses enfants dans Le Cinquième Clandestin (La Tengo, 2009) et Un Singe en Isère (Le Poulpe, 2010). Les genres narratifs choisis – roman noir, thriller noir ou anticipation – ne sont chez lui qu’un prétexte pour étudier, en creux, ces questions. Dérangeant dans la norme littéraire et susceptible de bousculer certains lecteurs linéaires.

Je me souviens pour la première fois avoir rencontré Marin Ledun au Salon du Polar de Roissy en Brie en 2009. Et j’ai senti qu’il serait bientôt un auteur majeur du polar Français. Et, ces dernier temps, cela se confirme avec la sortie de son roman La guerre des Vanités à la Série Noire chez Gallimard, Roman qui a reçu le 14 avril dernier le prestigieux prix Mystère de la Critique 2011, puis de Fractale chez Tengo Edition, une création radiophonique.

Attention, il adore mettre le doigt là où ça fait mal.

Découvrez cet auteur, vous ne serez pas déçu, je peux vous le garantir !!!

Bibliographie

La démocratie assistée par ordinateur – Connaissances et Savoirs (2007 – publié à compte d’auteur)
Modus operandi – Au Diable Vauvert (2007)
Marketing Viral – Au Diable Vauvert (2008)
Le cinquième Clandestin – Tengo édition (2009)
La guerre des vanités – Série Noires édition Gallimard (2010)
Un singe en Isère – Baleine collection Le poulpe (2010)
Zone Est – Fleuve noir édition (2011)
Les visages écrasés – Le seuil (2011)
Fractale – Tengo édition (2011)

Blog officiel de Marin Ledun

Ajout au 15 novembre 2011 : Marin Ledun a obtenu ce week-end le prix 813 français 2011 pour Les visages écrasés.

Marin LedunMarin, tu es docteur en sciences de l’information et communication. Comment en es-tu venu à écrire du polar ?

J’imagine qu’il n’y a pas de hasard et je crois qu’on a plus besoin d’écrivains de polar que de docteurs en SIC, non ?

Le polar doit-il pour toi montrer tout les défauts de la société actuelle ?

Un polar doit montrer ce que son auteur a envie de montrer, il n’existe pas de règle générale, je crois. Ce qui m’intéresse, tant sur la forme que sur le fond, c’est de poser un certain nombre de questions. Dans Zone Est, je me demande ce que consommer et « produire » des nouvelles technologies veut dire. Dans Les visages écrasés, si le monde du travail ne réinvente pas de nouvelles formes d’aliénation encore pire que celles qui ont prévalu aux XIX et XXème siècle. Dans La guerre des vanités, si nous ne sommes pas en train d’abandonner nos enfants.

Comment t’est venue l’idée d’écrire ce superbe polar qu’est  La guerre des vanités, et pourquoi ?

La montée de l’insignifiance… ou comment la société que nous et nos parents ont créé détruit le sens plutôt qu’elle n’en crée. Une vie d’enfant est faite pour rêver, imaginer, jouer, rire, découvrir, etc., et pas : télé, internet, mobile, jeux vidéos, télé, internet, mobile, jeux vidéo, télé, internet…

Parle-nous du personnage de Alexandre Korvine, lieutenant usé, hanté par son propre passé.

Alexandre Korvine est un témoin. Comme toujours dans ces cas-là, il est aussi un étranger dans la ville de Tournon où se déroule l’intrigue. Il observe, décortique, se met dans la peau des victimes (les enfants), ce qui est finalement assez atypique dans une société où la volonté politique de criminaliser la jeunesse est de plus en plus prégnante. Mais être témoin, c’est évidemment usant et épuisant. Pour être libre, il faut travailler, beaucoup travailler, et Korvine commence à être fatigué.

Fractale est au départ une pièce radiophonique devenue roman, peux-tu nous en parler ?

A vrai dire, ce n’est pas un roman, mais bel et bien la publication, sous forme de dialogues et d’indication scéniques, de la pièce radiophonique telle qu’elle a été diffusée sur France Culture le 13 novembre dernier. Fractale, c’est un pas de plus dans l’univers de l’entreprise, sur la thématique de la compétition entre les hommes, la mise en concurrence qui est, comme tu le sais, une des méthodes managériales de contrôle des salariés. C’est aussi un huis-clos, trois hommes, trois femmes, un seul gagnera… ou perdra. Une manière de dire qu’entre télé-réalité et méthodes managériales en entreprise, les différences sont ténues.

Si tu devais nous parler d’un jeune auteur de polar que tu as découvert, ce serait lequel ?

J’en vois plusieurs et autant de romans, aussi ma liste ne sera pas complète et je m’en excuse. Je dirai : Le mur, le kabyle et le marin d’Antonin Varenne, La fille de Carnegie de Stéphane Michaka, La onzième plaie d’Aurélien Molas, Braquages de Christian Roux et Versus d’Antoine Chainas, qu’on ne présente plus.

As-tu des habitudes d’écritures ?

Variables. En général : 8h30 – 18h. Parfois moins, parfois jusqu’à très tard et sept jours sur sept.

Si tu avais un coup de gueule , niveau actualité international, ce serait lequel ?

Si l’on considère que la France, c’est aussi l’actualité internationale, j’en profite pour te signaler le travail documentaire du journaliste et réalisateur basque Ramuntxo Garbisu (que l’on trouve sur Internet), à propos des ouvriers de l’usine Fertiladour sur son ancien site du port de Bayonne, fortement pollué et radioactif, dont deux viennent de décéder récemment, des suites de maladies professionnelles, dans l’indifférence quasi générale.

Tu sais comment sont les concierges, toujours curieux des projets d’écriture ?

Deux romans pour adolescents devraient voir le jour en 2012, l’un intitulé Luz et l’autre Apasmara, et mon prochain roman adulte s’intitulera Dans le ventre des mères, mais je n’en dirai pas plus…

Ta musique et ta chanson préférée ?

Selling England by the pound du Genesis de Peter Gabriel et Phil Collins, mais j’avoue avoir un penchant pour le punk et le metal.

Pour finir, quel conseil donnerais-tu à un jeune qui voudrait écrire un polar ?

Aucun autre conseil que : lire, lire, lire, écrire, écrire, écrire, et bien sûr : n’écouter personne, surtout ceux qui prétendraient donner des conseils…

Merci Marin !